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"Pour n'avoir pas à prononcer un nom aussi clinquant que le sien, tout le monde l'appelait Gilberte, ce qui pouvait laisser entendre qu'elle était l'amie de tout le monde. D'ailleurs elle l'était, sauf des gens qui ne voulaient point. Car elle était la bonté même. Mais, des moralistes l'eussent peut-être déploré pour la Bonté. A cause de la liberté de ses moeurs, certaines maisons lui étaient hostiles. Arrière-petite-fille d'un maréchal de l'Empire, elle avait épousé le descendant d'un autre maréchal. De tous ceux qui connaissaient sa femme, le comte de Norpois était le seul qui ne fût pas intime avec elle. D'ailleurs, elle ne dérangeait pas ce prince, que la jeunesse croyait mort, tant il faisait peu de bruit: il consacrait sa vie à l'amélioration de la race chevaline. Gilberte tenait-elle de son ancêtre le maréchal Radout, commis-boucher dans son âge tendre, cette carnation trop riche, cette chevelure crêpelée, dont on se demande si elles ne résultent pas du voisinage des viandes crues? Bonne femme, bonne fille, elle prévenait en sa faveur les gens du commun qui la trouvaient belle femme. Bonne fille, et même bonne arrière-petite-fille, puisque, loin de renier ses origines, elle rendait hommage au maréchal jusque dans ses amours. Elle n'avait le goût que de la santé des Halles, et on lui reprochait d'avoir des appétits malsains!"
Attestation d’Oriane (encre mauve): telle était bien en effet Gilberte et telle était sa réputation, je peux en attester ici. Quant au style Proust et Radiguet sont bien des contemporains et, si je me sers d’eux, je revendique le droit à la réécriture. J’avoue cependant que la densité de cette écriture, nerveuse, précise, est bien agréable. A suivre…
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